Carnet

Pit stop

Denver était une destination stratégique :

1. La moto de la Nénette avait besoin d’une nouvelle chaîne.

2. Nous devions absolument faire un arrêt viandeux à Buckhorn Exchange, suivant les chaudes recommandations de notre ami Geoff au sein de ce blog raffiné. 

Fondé en 1893, par un ami de Buffalo Bill et de Sitting Bull, il s’agit du plus vieux restaurant/saloon de Denver et le décor ne le dément pas.

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Au menu : du boeuf, du bison, de l’alligator et… du serpent à sonnettes ! Forcément, il fallait y goûter. C’est cuit à la vapeur, puis haché menu et servi en garniture d’une sauce fromagée et pimentée qui accompagne des nachos. Délicieuse la sauce, le serpent c’est assez peu savoureux finalement, comme pour toute viande exotique vous vous ferez dire que ça goûte le poulet et cette fois c’est plutôt vrai. Ça demeure une expérience inévitable, ne serait-ce que pour agrémenter vos discussions dans un 5 à 7 entre amis.

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Les steaks viennent en portion de 1 1/2 lb ou 2 lbs, encore grésillants sur une plaque de fonte, et on vous le fend en deux pour le service, c’est accompagné de milles choses dont une exquise crème de chou-fleur et jalapenos, bref c’est délicieux mais très copieux. Nous en repartons comblés mais fort peu motivés à se remettre sur la route.

 

Buffalo Bill, ancêtre soupçonné de Geoff qui nous a envoyé ici pour entretenir la business familliale... Pour ceux qui le connaissent, vous avouerez que la ressemblance est suspecte.
Buffalo Bill, ancêtre soupçonné de Geoff qui nous a envoyé ici pour entretenir la business familliale... Pour ceux qui le connaissent, vous avouerez que la ressemblance est suspecte.

Il fallait tout de même pousser un peu : un ami de l’Homme nous attendait en Ohio dans quelques jours. Nous avons donc accumulé les kilomètres, jusqu’à constater la fonte complète du pneu arrière de la BMW. Motards, pour votre gouverne personnelle, un pneu usé jusqu’à l’acier, ça ressemble à ça :

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Nous étions arrivés à Decatur, Illinois. Nous prenons une chambre pour la nuit et au matin, nous nous mettons à la recherche d’un pneu. Le garage le plus proche est à 80km , nous choisissons de démonter la roue et d’aller la porter avec la Kawasaki. L’Homme se charge de rouler la moto à trois roues pendant que la Nénette a le bonheur de relater cette aventure en direct à notre public avide de sensations fortes. 

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Dès le retour de l’Homme, c’est destination Bowling Green, Ohio, où nous attendrons amis et martinis.

Voilà, vous en savez aussi long que nous, notre blog n’aura jamais tant été à jour !

Colorado

Il faut le dire : le Colorado est un état béni. Montagnes, rivières, désert, campagnes vertes, denses forêts et ski presque toute l’année, il ne manque rien, pas même les vignes et les vergers. Ce qui nous amène au vin de cerises ! Il y a plusieurs mois, dans ses nombreuses recherches sur le sujet, la Nénette avait trouvé un producteur de vin de cerises puis a complètement oublié son existence. C’est à un feu rouge que l’étourdie se souvient du dit producteur sans être certaine qu’il était bien au Colorado. Nous avons donc pris trois minutes pour faire une recherche sur le web et constater que nous étions à seulement 10 km de son vignoble ! L’appel de la boisson, c’est puissant … Leur produit (un rouge de table sec) est bien différent du nôtre mais fort intéressant. Après avoir dégusté tout ce qui se produisait là et discuté amplement, nous avons mis le cap sur Denver. Et nous avons recommencé à nous habiller. L’altitude, les neiges éternelles, la pluie, le vent,  décidément les Rocky Mountains sont une contrée magnifique mais pas facile. 

Le Eisenhower Tunnel (ou Edwin C. Johnson puisqu’on allait vers l’est) semblait être notre salut : il descendait vers Denver, nous y serions à l’abri pendant un bon moment puis ça serait forcément plus chaud puisque plus bas. Voilà, à la sortie du tunnel, c’était pire, nous étions dans un décor de carte de Noël avec une neige toute fraîche couvrant les sapins et l’asphalte qui lui était devenu une patinoire. Super.

 

Avant l'entrée du tunnel, quand nos doigts pouvaient encore tenir un appareil photo.
Avant l'entrée du tunnel, quand nos doigts pouvaient encore tenir un appareil photo.

Pas de camping ce soir-là, plutôt une chambre d’hôtel et la douche la plus chaude et la plus longue que la Nénette ait pris depuis très très longtemps !

Go east !

Si chaque gaspésien rêve de voir l’océan, chaque motard rêve de voir le désert, ou plutôt ceci du désert : Bonneville et sa piste d’accélération sur un lac salé asséché.   Nous avons donc quitté la Californie, traversé le plat Nevada à toute vitesse et sommes arrivés à notre chambre d’hotel en Utah au moment précis où l’orage commençait.

Au matin, nous nous rendons à la piste de Bonneville pour constater que la nature avait repris ses droits : le lac asséché était à nouveau un milieu humide. Nous sommes quittes pour laisser les motos au stationnement et marcher dans la mince saumure pour se rendre vers ce qui est la piste quand, l’automne venu, les responsables de la course ont façonné le sol.  Ça demeure un grand moment.

 

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Notre retour en Utah nous comble de routes exceptionnelles et de parcs nationaux remarquables : Zion, Arches, Canyon Land et son White Rim Road que nous n’avons qu’entamé, faute d’une réserve d’eau suffisante, de pneus adéquats et de babages en moins. Partie remise, et ça sera en motocross, nous nous le promettons ! 

 

Arches National Park
Arches National Park

 

Canyon Land
Canyon Land

 

White Rim Road, une ballade très sportive de 160 km dans le fond du canyon
White Rim Road, une ballade très sportive de 160 km dans le fond du canyon

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Chaud, froid, chaud, froid

(NOTE : nous avons mis à jour la section photos, les images ne sont pas retouchées faute de temps, mais ça donne une assez bonne idée !)

Notre visite à l’Océan avait été brève, il y faisait plutôt froid et nous savions que nous y reviendrions. San Francisco est un très beau prétexte pour rejoindre la côte. Architecture variée mais harmonieuse, une ville toute en pentes et en courbes, beaucoup de verdure, magnifique. Nous l’ajoutons à notre liste des villes où s’installer dans une prochaine vie.

IMG_0789 À la sortie du Golden Gate (dont nous n’avons as de photo pour cause de brume à ne pas se voir la main au bout du bras), nous nous arrêtons un instant pour consulter GPS et iPhone, nous cherchons une poissonnerie pour le souper. Un type sympathique en BMW nous aborde, nous amène à la meilleure poissonnerie en ville et nous indique les plus belles routes de la Californie.  La technologie c’est bien, mais le facteur humain est parfois la meilleure des ressources.

Au menu du soir : éclade de moules en entrée et une libre interprétation d’une recette de Jamie Oliver, du thon poché aux tomates, ail et romarin. Pour l’éclade de moules, ça n’est pas aussi symétrique que ça pourrait l’être mais la prochaine fois nous demanderons l’aide de Andy Goldsworthy.

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Le lendemain, nous décidons de longer l’Océan par la route 1 malgré le froid et la brume. Le décor est spectaculaire, la route est exigeante, nous faisons une pause plage au premier dégagement du ciel pour admirer la grande ligne plate bleue de l’horizon.

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En zigzag entre les montagnes et la côte, nous vivons des écarts de températures d’environ 30 degrés celcius. Nous ne savons plus comment nous habiller, ça va jusqu’à mettre camisole, t-shirt, chandail de laine, coupe-vent, manteau de moto et imperméable par dessus tout ça, et toutes les couches servent.

Nous aboutissons finalement à Redwood National Park pour passer la nuit. Aucune place sur la plage n’est disponible, nous sommes donc localisés dans la forêt juste à côté, dans une section du camping où il n’y a que trois sites entourés de fougères et d’arbres barbus de mousse. Une nuit dans la jungle, on ne peut pas faire plus sauvage !

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Nous passons une soirée sur la plage à faire le plein de l’eau, ça sera notre dernière occasion. Demain, go east !

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Corbin

En quittant Yosemite, la route nous a conduit à un camping près d’un lac à 40 km de Hollister, Californie. Et qu’est-ce qui nous attirait à Hollister, Californie ? Le fabricant de sièges Corbin afin de réaliser un des rêves de l’Homme : se faire mouler un siège sur mesure. Ils vous accueillent avec votre moto et vous proposent une forme de base ; vous partez l’essayer, revenez donner vos commentaires, ils retaillent et ajustent, vous l’essayez à nouveau et ainsi de suite jusqu’à l’imbrication parfaite de votre siège sur votre siège. Puis vous choisissez votre cuir et ils vous cousent tout ça sur-le-champ.

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Nous y avons passé la journée, attablés au café très rétro attenant à l’atelier, et l’Homme en est reparti heureux, assis sur sa moto à deux sièges (il faut bien traîner l’ancien !)

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Au coucher du soleil, une route sinueuse qui traverse une forêt très dense nous mène jusqu’au plus fabuleux camping que nous ayons trouvé jusqu’à présent : Big Basin State Park où nous dormirons parmi les géants. 

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Ici, même les limaces sont titanesques
Ici, même les limaces sont titanesques

Los Angeles, 2ème partie

Coquette comme pas une, la moto de la Nénette ne pouvait pas passer à Los Angeles sans s’acheter de nouveaux souliers, ça va de soi. Nous changeons donc son pneu arrière, usé plus rapidement que prévu ; nous lui choisissons un beau Metzeler tout noir et ça lui va à merveille !

 Après cet aparté, nous pouvons revenir à notre programmation régulière et rendre une visite au Getty Museum. Belle architecture, expositions assez moyennes mais l’ensemble de l’expérience en vaut la peine.

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Nous naviguons tout le samedi dans Los Angeles, Berverly Hills, Hollywood, Venice, Santa Monica, et la sensationnelle Mulholland Drive, à faire à tout prix. Au détour d’un boulevard, nos narines sont sollicitées par une irrésistible odeur de cuisine cubaine : Versailles. C’est authentique, c’est sans chichi, c’est délicieux. Une belle découverte.

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Au dimanche matin, nous quittons Los Angeles entraînés par un flot de voitures, comme on dit il y a du monde à la messe. À une station service, nous apprenons pourquoi : demain, c’est Remember Day et c’est férié… c’était donc cela ! Emporté d’enthousiasme devant cette opportunité de se souvenir des héros de la patrie, le peuple américain s’est levé et à l’unisson s’est écrié : « Yes, week-end ! » C’est ainsi que les routes et parcs nationaux furent pris d’assaut dans une communion dichotomique  avec l’asphalte et la nature. Malheureusement pour nous, nous étions en route pour Yosemite National Park, voilà c’est la vie ! Par miracle (c’est dimanche après tout), nous trouvons une place en camping à l’entrée du parc. Le lendemain, nous visitons le splendide parc Yosemite avec un million d’autres personnes que nous feignons d’ignorer pour ne pas gâcher notre plaisir d’être là. Pas facile. Une fois de plus, nous nous enfuyons ; et heureusement puisque dès la sortie du parc, tout redevient vivable et le paysage est encore à couper le souffle ! Des montagnes grandioses, des rivières claires, des chutes et des cascades majestueuses, des routes grisantes, des neiges éternelles, bref de quoi épuiser le dictionnaire des superlatifs.

 

La Nénette est peu de chose devant les séquoias de Yosemite
La Nénette est peu de chose devant les séquoias de Yosemite

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Nous vous avons bien ajouté quelques images, mais celles de Ansel Adams constituent tant un meilleur hommage que nous vous renvoyons vers elles pendant que nous dégustons des tacos bien mérités à une roulotte de bord de chemin.

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Los Angeles, 1ère partie

(En direct du casque de la Nénette, la trame sonore de l’arrivée à l’Océan !!! à écouter en lisant, comme toujours : 08 La negra )

L’Homme avait beaucoup insisté : le trafic à Los Angeles risque d’être comme un jeu vidéo, très dangereux, risque de finir écrapou, faire très attention, peut-être éviter d’y aller finalement, etc… La Nénette avait, disons des appréhensions, vu sa propre nature encline à l’étourderie et son étrange relation à l’espace (c’est pas totalement intégré chez elle…) Finalement, nous décidons d’y aller, nous verrons bien.

 Nous avons roulé jusqu’à Imperial Beach, le point extrême sud-ouest des États-Unis, avant de remonter vers San Diego où nous traînons les pieds un peu. Nous sommes vendredi, les terrasses sont bondées, tout le monde a l’air en vacances. Nous nous remettons en route, direction Los Angeles, le trafic se densifie, puis devient compact, vitesse de croisière à 130 km/h, beaucoup de dépassements et changements de voies de tous les côtés, l’Homme est nerveux, mais la Nénette s’attendait à tellement pire qu’elle est toute détendue et nous fait ça comme une grande, comme quoi parfois ça vaut la peine d’être alarmiste.

Arrivés à Malibu, nous nous heurtons à des campings systématiquement complets, des hôtels bondés, rien à comprendre, vraiment tout le monde a l’air en vacances. Nous dénichons un hôtel, tout de même, dont nous ferons notre camp de base pour les deux prochaines nuits.

Sur l’air de « Voyage, voyage », Garage, garage

Tel une femme battue, l’amour de l’Homme pour sa machine l’emporte sur les problèmes qu’elle lui cause. Cette fois, c’est l’explosion du roulement à billes de la roue arrière qui l’oblige à retourner dans sa réserve de pièces. Le différentiel saigne abondamment sur le sol de la station service où nous nous sommes arrêtés, et l’Homme résigné improvise le troisième garage de ce périple dans le premier coin d’ombre qui s’offre.

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Six heures plus tard, avec la compréhension du gérant de la station service et des offres d’aide aussi amicales que variées (outils, conseils, gîte, nachos…), nous reprenons la route, heureux d’avoir diverti la petite communauté de Joshua Tree que l’on salue s’ils sont à l’écoute.

Le parc national de Joshua Tree est un mélange d’énormes pierres et d’arbres de Joshua tordus. En fait c’est comme rouler dans un paysage de Pierrafeu (ceci est ma dernière référence aux dessins animés pour vous décrire un lieu, promis).

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À la sortie du parc, il y a un détour immanquable à faire vers la ville de Indio pour déguster un extraordinaire milk shake aux dattes de Shields Gardens. Ils produisent des dattes depuis 1924, c’était bien avant les problèmes liés à l’irrigation excessive. Maintenant ils sont entourés de terrains de golf. Souhaitons seulement qu’ils aient suffisamment d’eau pour continuer leur production encore longtemps. Nous repartons avec des dattes fraîches et en cristaux, des figues et une bedaine tendue d’un milk shake très soutenant.

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Dans les montagnes derrière Indio, il y a la 64, cette merveilleuse route qui n’en finit plus de tourner et monter, il fallait vous la montrer :

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  Au coucher du soleil, nous terminons cette autre mémorable journée dans un camping charmant, à Heise County Park, près de Julian, Californie. Demain, l’océan.

La petitesse de la démesure

Las Vegas nous avait laissé une drôle d’impression, mélange de fascination et de dégoût face à l’enflure de moyens. Nous l’avons quittée sans regret pour se diriger vers le Hoover Dam qui freine le fleuve Colorado dans sa course. Une splendide architecture art nouveau, une route magnifique pour s’y rendre et au détour d’une courbe apparaît le chantier du futur pont, terminé au deux tiers. Le barrage et le pont sont ornés de sculptures, l’ouvrage est remarquable, vraiment nous sommes admiratifs de l’ingénierie et de ce que peuvent accomplir de grand des milliers de personnes qui décident de se lever le matin.

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IMG_0611 Au premier coup d’oeil sur le bassin de rétention, on comprend vite qu’il y a quelque chose qui cloche : le niveau de l’eau est dramatiquement bas, en fait il est actuellement à 53% de son niveau normal. En période de sécheresse, il perd jusqu’à 2 pouces par jour et on prévoit qu’il sera à sec d’ici 12 ans. Deux choses à retenir : d’abord la majorité de cette eau est pompée pour irriguer cette région désertique (et ses centaines de club de golf) mais aussi Las Vegas, Phoenix et la Californie (qui s’entête à faire pousser des oranges et du gazon dans le désert). Ensuite, si ce barrage ne peut plus fournir d’électricité, une crise énergétique attend les mêmes habitants qui ont mal utilisé son eau. Quitter Las Vegas ne nous aura pas tant réconcilié avec le monde. Notre seule consolation, c’est finalement de ne pas avoir eu de billets pour le spectacle O du Cirque du Soleil. Ça sera déjà ça de gagné.

Cinquante kilomètres plus loin, nous croisons une étrange installation limite extra-terreste (la Nénette, déçue de Roswell, cherche le light beam avec enthousiasme). Ça s’appelle Nevada Solar One. C’est  une installation solaire qui chauffe de l’huile qui elle fait tourner des turbines pour produire de l’électricité. Nous sommes un peu soulagés de voir que finalement, d’autres options sont en développement, même si nous savons que ça risque peu de couper le boyau aux entêtés qui, comme une femme mal mariée, aiment le désert mais veulent le changer.

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En prime, un bout de la mythique route 66
En prime, un bout de la mythique route 66

 

 

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